Étiquettes: à qui servent les AJR ?

Sur certaines étiquettes, on retrouve deux types d’informations: les ingrédients (lait, sucre, fraises) ordonné par importance et la composition nutritionnelle (énergie, protéines, lipides). Cette dernière n’est pas obligatoire sauf si la publicité met en évidence des propriétés nutritionnelles particulières (riche en calcium, en fer) ou des effets sur la santé liés à la consommation de l’aliment (facilite le transit intestinal, renforce les os).

Le Plan National Nutrition Santé (PNNS) nous recommande — entre autre — une alimentation diversifiée, riche en fibres et pauvre en graisses. Du coup, l’affichage des ces données nous aiderait à faire le bon choix nutritionnel. Bon, je veux bien le croire. J’ai pris un exemple concret: des Chocapic de chez Nestlé. Sur l’emballage, on peut lire« Garantie avec du blé complet », « Céréales enrichies en 8 vitamines, calcium et fer ». Comme le veut la loi, un tableau reprend le pourcentage des vitamines.

Extrait de l'emballage d'une boîte de Chocapic

La première colonne est le nom de la vitamine, la deuxième correspond aux AJR d’une portion de 30 g + 125 ml de lait demi-écrémé (appréciez la subtilité !), la dernière redéfinit les valeurs pour 100 g. Autrement dit, si je prends un bol de Chocapic, je rempli 25 % de mes besoins en vitamines C, B2, PP, B6… Toujours sur l’emballage, ces informations sont basées sur une moyenne, à savoir un adulte avec un apport moyen de 2.000 kcal.

Première observation: le pourcentage des apports journaliers recommandés dans cette boîte de Chocapic sont ceux de la CE. Je les ai comparé à une brochure du Plan National Nutrition Santé. Il est amusant de constater un écart plus ou moins important des chiffres. Le monde scientifique n’est donc pas unanime sur la question. On imagine que chaque industriel se sert de la moyenne qui lui convient pour valoriser ses produits. J’ose espérer une obligation légale de se référer à une même source pour éviter d’embrouiller, encore un peu plus, le consommateur. Reste la question fondamentale: comment sont calculés ces besoins ? En l’état actuel des connaissances, nous sommes loin de connaître les réactions de l’organisme dans l’absorption et l’assimilation des aliments.

Deuxième observation: il est question d’une moyenne. A chacun de relativiser ces données par rapport à sa situation. Un adolescent sportif en pleine croissance et en bonne santé a des besoins différents de ceux d’une personne âgée alitée ou d’une femme enceinte. Une approche à la grosse louche pour tout le monde en général, pour personne en particulier. Au mieux, ces indications viennent en aide aux personnes avec une alimentation bien particulière (pauvre en sel, riche en telle vitamine) dont les besoins ont été soigneusement mesurés.

Cette règlementation – légitime a priori – sert surtout les industriels de l’agro-alimentaire. Le discours centré sur des mots magiques liés à la santé (céréales, blé complet, vitamines, minéraux) renforce le sentiment du consommateur de faire un geste pour sa santé. Cette histoire d’apports journaliers n’est que de la poudre aux yeux pour diminuer les réticences et inciter à la consommation.

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