Le bio, piège à cons

Le titre est provocateur mais il reflète ce qui est en train de se passer avec le bio. C’est un piège à con si l’on considère uniquement le bio comme une étiquette sur un emballage. Les grands distributeurs l’ont bien compris et exploitent le filon avec le « bio industriel ». C’est tout autre chose si on considère le mot comme une réflexion sur ses habitudes alimentaires plus spécifiquement et sur sa consommation de manière générale. Posez-vous la question: « Pourquoi consommez-vous bio ? ». Si la réponse repose uniquement sur les bienfaits sur la santé c’est qu’il vous faut encore progresser dans votre réflexion. Vous faites partie de ce que j’appelle les « bobos-bio ».

Le bobo-bio gagne bien sa vie et sa journée est précieusement organisée pour ne pas « perdre » son temps. Le supermarché est l’endroit idéal pour faire l’ensemble de ses courses. Le bobo ne choisit jamais des produits blancs. Il fait confiance aux marques et se laisse souvent séduire par les nouveautés. Le packaging joue un rôle décisif quand il s’agit de choisir deux produits similaires, avant le prix ou la liste des ingrédients. Se sachant cultivé, il est pourtant incapable de donner la saison des choux, d’expliquer ce que signifie « première pression à froid » ou de donner la signification du chiffre 3 sur un œuf. Ça ne l’empêche pas de se donner bonne conscience en achetant des emballages estampillés « bio ». C’est suffisant pour ne pas pousser sa curiosité et son esprit critique. À coté du riz bio, de la salade emballée bio, on trouve du miel australien, du Coca-Cola, des frangipanes emballées individuellement, de l’eau Nestlé, des Kellogs pour le gamin, un ‘énorme colis de viande et des pizzas MacCain. Forcément, la note est salée en caisse.

Le biologique ne se limite pas à une considération purement sanitaire: sans pesticides, donc meilleur pour la santé. Il faut pouvoir intégrer une dimension écologique, éthique, de proximité et remettre en question son mode de consommation. Ne pas pulvériser c’est épargner les sols et sa biodiversité et par la même occasion les nappes d’eau souterraines. Consommer des fruits exotiques du bout du monde avec une étiquette verte ce n’est pas le progrès ! Afin d’avoir un comportement responsable, le consommateur doit commencer par s’interroger et cesser d’avoir une confiance aveugle face aux grands réseaux de distribution. À mon sens, le bio repose sur des concepts sanitaires (absences de chimie), écologiques (peu de déchet, respect de la nature), de proximité (privilégier les petits producteurs du coin), le respect des saisons (accepter de ne pas avoir tout, tout le temps), et l’éthique (refus d’exploiter de la main d’œuvre).

Illustration du pouvoir d'achat
Crédits illustration: © Vince

C’est aussi le moment de retourner en cuisine, de prendre le temps de faire à manger et de se retrouver en famille. Accorder plus d’importance à la nourriture me semble essentielle. En 1950, les ménages consacraient encore près de 50% de leur budget à leur alimentation. Aujourd’hui, cette part oscille aux environs des 15%. Nous ne mangeons pas moins, nous ne sommes pas devenus très riches mais les aliments sont très bon marché [1]. Certains, surtout dans les classes socio-professionnelles défavorisées, en arrivent à inverser la pyramide des besoins de Maslow: on préfère se priver d’une alimentation saine et variée au profit d’un écran plat. Bel exemple du résultat d’une société capitaliste centrée sur l’avoir et le paraître.

[1] Source: Observatoire bruxellois

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Un commentaire pour Le bio, piège à cons

  1. z dit :

    Bonjour,

    j’ai eu très très peur avec le titre mais au final j’adhère quasi-intégralement.
    Bien vu!!
    Et avec la déferlante de la mode bio et le battage médiatique attenant, il faudra être de plus en plus vigilant, car quitte à acheter bio, autant choisir des fournisseurs et distributeurs qui s’appliquent à eux-même la démarche qui est prônée par la logique « bio », la vraie. Parce que être un géant de la distribution et vendre de la « bio », ça veut avant tout dire, « j’ai reperé un bon filon », reste à savoir si la stratégie globale reste « max de profits », car dans ce cas, la majorité des produits viendront de l’étranger sous plastique (Israel, Argentine… pour des pommes de terres, des pommes.. que nous sommes a priori à même de cultiver ici) et l’effet pervers est indéniable…

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